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Guérir une vie
Pour guérir une vie, il faut devenir entier. Devenir entier signifie, tout d’abord, laisser émerger à la lumière tout ce qui est en nous, ne rien laisser dans l’obscurité, si difficile et douloureux que cela puisse être. Il nous faut reconnaître toutes les parties de nous-mêmes que nous avons ignorées, déniées, que nous avons essayé de rejeter ou d’éliminer.
Guérir signifie accepter tout cela dans notre conscient, dans notre cœur, dans notre vie. Quand les malheurs nous accablent, il faut s’employer à garder la sérénité, nous interroger hors du bruit et de l’agitation et écouter notre âme.
Dans ces moments là, il est bon de se représenter la symbolique du Char de l’Âme issue de quelques-unes des Upanisad les plus anciennes, vers le VIII ème siècle avant J.C. et où le Yoga y figure comme technique visant à délivrer l’âme des tourments de la transmigration. L’individu y est représenté comme une structure à quatre éléments comparée à un véhicule en mouvement.

Le corps est pareil à un char qu’entraînent cinq chevaux correspondant aux organes de perception et d’action (le toucher, la vue, le goût, l’odorat et l’ouie) guidés par un cocher, le manas (pensée, mental). L’âme embarquée dans ce véhicule, souffre des aléas d’un voyage qu’elle n’a pas désiré et sur lequel elle n’a aucune autorité. Elle aspire à descendre du véhicule mais ne le peut pas. Car, bien qu’étant étrangère au corps autant que le passager d’un véhicule peut l’être de la carrosserie de l’engin qui l’emporte, elle en reste dépendante, d’humiliante façon comme ce passager vis-à-vis des performances du véhicule en question.
L’âme est sujet, le corps objet. Elle est impérissable alors que le corps est précaire, fragile, voué à la destruction. Le paradoxe est qu’elle ne puisse se délivrer elle-même parce qu’elle est, par essence, impassibilité, inactivité contemplative, alors que le corps est mouvement, agitation, dispersion. Cependant, la lumière qui émane d’elle peut parvenir à illuminer la pensée qui joue le rôle du cocher dans la symbolique du char. Ayant pu prendre conscience de la condition malheureuse de son âme, l’individu ainsi éclairé s’efforce à maîtriser les chevaux de l’attelage jusqu’à parvenir à l’arrêt du véhicule et permettre ainsi à l’âme de quitter sa condition de passager involontaire. Le Yoga est alors la méthode employée pour permettre au manas de comprendre la misère de son passager et donc d’arrêter la course du char afin que l’âme puisse s’en libérer.
Le Yoga nous apprend à faire silence en nous-mêmes, à nous fixer dans le présent, dans l’observation, dans un travail de recherche, sans juger, simplement constater. Ceci nous conduit peu à peu à l’action juste et à la pensée sereine.
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